Archives du Voile Mortel - Journal d'Ovets

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Archives du Voile Mortel - Journal d'Ovets

Message par Ovets le Ven 17 Fév - 22:40

Archive I : Le premier Voile

La vie au sein de cette nouvelle famille me plut dès les premiers instants. Je compris assez vite que cette Dame étrange mais rassurante cherchait à agrandir sa famille toute naissante, et que je faisais partie des premiers Enfants du Voile. Avec elle se tenait déjà un autre Enfant, qui se faisait appeler Xûr. Très sympathique, rassurant et bienveillant envers les recrues que nous trouvâmes dans les mois qui suivirent, il avait néanmoins un autre visage lorsque les Enfants se battaient entre eux, ou que l'un d'entre nous manquait de respect envers le Voile Mortel. Car tel était le nom que la Dame donna à notre famille.

Chaque nouveau membre de la famille avait droit à un portrait accroché dans la salle principale, comme une sorte d'arbre généalogique où seule la Dame du Voile avait son portrait tout en haut, semblant veiller sur ses "enfants". Nous étions une dizaine alors, passant notre temps dans un fort qui semblait dater de plusieurs siècles en nous entraînant au combat, en nous cultivant en lisant les milliers de livres entreposés dans la bibliothèque, en apprenant de nouvelles techniques, enseignant les nôtres aux autres. Bref, c'était comme un clan Orc, le côté amer et désagréable de mon souvenir en moins.

Malgré cette aise, je parlais peu. La Dame semblait tout savoir de moi rien qu'en me regardant, mais cela ne me gênait guère. Au bout de quelques semaines à peine, j'aurais donné ma vie pour elle. Ce n'était pas le cas pour les autres. Je ne voulais pas qu'ils me connaissent. Ce n'était pas un caprice, plutôt... une assurance. Moins ils en savent sur moi, moins ils seraient des ennemis potentiels. Et vous savez déjà quel destin je réserve à mes ennemis.

Après quelques mois à peine, la Dame mit nos talents à l'épreuve. Dans une salle au sous-sol, plusieurs portraits d'inconnus étaient affichés. Un pour chaque Enfant que nous étions. Et sur une table dans un coin se trouvait autant de voiles noirs. La Dame nous parlait, pendant que nous contemplions les portraits.

"- Mes chers Enfants, voici votre première épreuve. Chacun d'entre vous devra tuer un de ces portraits et me rapporter la preuve de votre assassinat. Personne ne doit vous voir, personne ne doit vous relier au meurtre. Vous allez chacun choisir un portrait, dans l'ordre où je vous ai accepté au sein de la famille. Si vous revenez, et vous reviendrez je n'en doute pas, venez me trouver directement. Allez-y."

Chacun s'avança à tour de rôle, chacun sachant combien d'enfant il y avait à leur arrivée. J'étais troisième. J'avais le choix entre plusieurs hommes, femmes, de différentes races. Regardant mes compagnons, je constatais que j'étais le plus grand et probablement le plus costaud. Je choisis donc un humain dont les muscles saillaient sur le tableau. C'était peut être une illusion, mais j'espérais tomber sur le plus fort. J'approchais du tableau et le désignait du doigt tout en mémorisant chacun de ses traits. En m'approchant, je distinguais une note en bas du portrait : "John McGrill". Ah, un nom. Une description. Amplement suffisant pour le traquer et le trouver. Une fois tous les portraits désignés, Amava reprit la parole :

"- Vous avez donc chacun une cible. Ne me décevez pas, je vous veux tous vivants. Soyez forts, soyez discrets."

Sans autre mot, elle se tourna vers les portraits, nous faisant comprendre qu'il était temps d'y aller. Étrangement, nous partîmes tous dans le même ordre que les désignations de cible. Disciplinés sans en avoir reçu la moindre formation. Peut être était-ce la présence de notre Dame qui nous poussait à autant de rigueur presque rituelle, voire militaire... Cela ne me déplut pas. Chacun sachant ce qu'il avait à faire, il n'y avait pas de place à la parole. Toutes mes pensées étaient tournées vers ce McGrill qui allait bientôt voir le visage de la Grande Inconnue lorsqu'un autre des enfants m'adressa la parole, me coupant en pleine réflexion :
"- Ovets, c'est ça? Nous n'avons jamais parlé... je suis Hurg.
- Ouais, et?
- Hmm..." Il semblait hésitant. Un jeune tauren aux cornes incurvées, probablement un sabot-de-sang. "Bin j'crois que je te connais. Cette défense cassée, ces traits... Je les reconnaîtrais entre mille. J'étais dans ce village quand tu as explosé la taverne... Joli boulot!"

Je fus pris de fureur à cet instant, et j'eus du mal à me contenir. Je répondis les dents serrées, la mâchoire crispée, les poings fermés.

"- Un conseil... Oublie ce que tu as vu ce jour là. Ce n'était pas moi, hélas, et si tu reparles de ça un jour, tu goûteras ton propre sang. Parole d'orc."

Peut-être aurais-je dû me taire, tourner les talons et faire le sourd. Mais c'était impossible. Comment pouvait-il savoir?! C'était impossible... à moins que... Non... La Dame n'aurait pas amené un de mes ennemis ici! Sauf si...

Le temps que les pensées fassent leur chemin dans ma tête, je n'eus pas le réflexe de me retenir. Je me retrouvais sur lui, à le frapper de toute ma force. Ses os craquèrent, et j'entendis un grand cri :
"TRAÎTRE! ESPION! MEURS!"

Je frappais, frappais encore jusqu'à ne plus sentir mes phalanges, entendant les os du tauren craquer sous mes poings. Une des ses cornes se trouva inversée, l'autre arrachée et plantée dans sa gorge. Je me sentis attrapé par le col, décollant du sol pour me retrouver quelques mètres en arrière. Un peu sonné, je repris mes esprits. L'ais-je tué? Je l'espère. Serrant les dents, je fis mine de me relever mais une main puissante me retint. Xûr.

"- Bouge pas, Ovets. Tu as tué un des nôtres, tu seras jugé. La Dame est en chemin."

Donc il est mort. Un espion de moins. Ceux qui murmurent seront contents. Lorsque la Dame arriva, j'aperçus brièvement une ombre de panique, ou peut-être de la tristesse. Qui sait? Elle se reprit néanmoins assez vite et s'approcha du cadavre. Contemplant ses traits, elle fit une moue de déception. Son regard glacial se posa sur moi. Aussitôt, toute la fureur ressentie s'évanouit, et je me retrouvais seul avec mes pensées actuelles. Elle s'approcha, s'agenouilla devant moi pour placer ses yeux bien en face de moi. Amava prit la parole, chaque autre enfant retenant son souffle. La tension qu'ils dégageaient était palpable, mais je n'en avais cure. Seule comptait la Dame à cet instant.
"- Ovets, mon troisième Enfant du Voile... Te rends-tu compte de ce que tu as fait?
- Oui.
- Que ressens-tu?
- Nulle honte ni remords ma Dame. Il devait mourir. Il... me connaissait. C'était un espion!
- Aucun Enfant ne devrait tuer son frère. Car c'est ce que tu as fait. Tu vas devoir passer en jugement, et tes autres frères seront mes assistants."

Se relevant doucement, elle contempla chacun des autres Enfants avant de leur parler avec une voix forte, impérieuse et magnifique :
"Que chacun de vous se rende immédiatement dans la grande salle. Xûr, Hobosh, prenez le corps de votre défunt frère et placez le dans la chambre mortuaire puis venez nous rejoindre. Le procès débutera dès votre retour."

L'annonce de mon procès ne me fit aucun effet, je savais avoir bien agit. Lorsque nous nous retrouvâmes tous dans la grande salle, face aux portraits et juste avant mon procès, la Dame s'avança vers le visage peint du tauren espion. Elle le recouvrit d'un voile noir et l'assemblée baissa la tête en signe de respect. Seul, je gardais la tête haute, cherchant à voir de nouveau les yeux de cet ennemi que j'ai tué à mains nues à travers le voile. Après quelques instants, le procès débuta...


Dernière édition par Ovets le Ven 17 Fév - 22:44, édité 1 fois

Ovets

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Re: Archives du Voile Mortel - Journal d'Ovets

Message par Ovets le Ven 17 Fév - 22:44

Archive II : Le Procès

"Un membre de votre confrérie a été assassiné par un des siens. Je ne tolère pas le meurtre fratricide. Hurg était-il un espion méritant la mort comme l'affirme son assassin? Ovets a-t-il tué un innocent? Nous allons débattre tous ensemble puis statuer sur le sort de l'accusé. Que commence le procès d'Ovets, premier procès officiel du Voile Mortel!"

Sa voix résonnait dans la grande salle, et nous étions tous accrochés à ses lèvres. J'étais seul assis sur une chaise au centre du cercle formé par les Enfants, Amava en face de moi. Ligoté par des liens que je ne pouvais défaire par la force, et je n'aurais pas tenté de fuir quoi qu'il arrive, j'attendais. Xûr s'avança d'un pas et prit la parole.

"Ma Dame, j'étais présent lorsque c'est arrivé. Effectivement Hurg semblait connaitre Ovets. J'avais déjà remarqué ses coups d’œils discrets vers lui avant l'incident, comme s'il cherchait à se souvenir de quelque chose. Ce n'est qu'en assistant à la discussion que je compris qu'il le connaissait effectivement, et put faire le lien avec ce qui s'est passé il y a quelques jours." Se tournant vers Amava, toujours aussi droite et impérieuse en face de moi, il reprit, l'air désolé. "Je ne souhaitais pas vous déranger avec des histoires de somnambulisme sans conséquence... Si j'avais su..."

Amava leva un sourcil, l'air intrigué. "Parle. Dis-moi tout.
- Vous savez tous que Hurg dormait dans la même chambrée que moi. Il y a deux nuits, je l'ai retrouvé debout, en plein milieu de la pièce, chuchotant des choses étranges. "Laissez-moi, je ne veux pas le faire... Arrêtez..." ce genre de choses. Puis d'un coup, alors que j'allais m'approcher pour le ramener vers son lit, il se retourna. Il avait un air étrange, presque fou. Les yeux écarquillés, il m'a dit ceci : "Méfiez-vous de l'orc! Méfiez-vous de l'orc!". Je n'ai pas fait le lien avec Ovets ce jour là. Le lendemain matin, il n'avait aucun souvenir de cet incident et a cru que je lui faisais une blague."

Je serrais les dents en grognant. Cela s'est passé si vite... Comment ais-je réussi à le percer à jour aussi vite? Pourquoi l'ais-je tué à mains nues plutôt qu'avec mes armes? J'étais en pleine réflexion lorsque Xûr reprit sa place dans le cercle et qu'Amava reprit la parole :

"Ovets, tu as tué de tes mains un de tes frères. Mon second Enfant. Tu pensais que c'était un espion, et tu avais peut-être raison. Nous aurions pu l'interroger si tu ne l'avais pas tué. Cependant la sécurité de notre famille est une priorité, aussi la sentence sera plus clémente que la mort. Mais!" Elle prit une voix plus forte, toujours aussi impérieuse. "Désormais, quiconque tuera un membre de la famille se verra exécuté sur le champ. Si vous avez des soupçons sur l'un des nôtres, vous devrez m'en parler avant d'agir, sauf si cela menace directement la vie d'un autre membre de la famille. Nous sommes tous unis, tous égaux, et je ne tolérerais plus d'actes solitaires et égoïstes. Partez, vous avez une mission à remplir."

Chaque Enfant sortit de la salle, et je me retrouvais seul avec la Dame du Voile. Elle tourna autours de moi plusieurs fois, réfléchissant, absorbée dans ses pensées. Je n'osais la regarder, me contentant d'apprécier sa présence. Au bout de quelques minutes, elle s'arrêta face à moi.

"- Mon cher Enfant, tu es désormais conscient que tu as mal agit. Pourtant je ne peux te punir comme si tu avais tué un fidèle serviteur du Voile. Ta rédemption sera plus clémente, mais juste. Tu vas reprendre ta mission, mais tu devras accomplir également celle de Hurg. Et me ramener la tête d'un membre de ton ancienne famille. Ainsi ta fureur sera peut-être compensée et ne risquera pas de déborder de nouveau. Attention. Je ne tolérerais pas un nouvel écart.
- Bien ma Dame." répondis-je en inclinant la tête. Peu de temps après, j'étais libre, sur le départ lorsqu'Amava me rejoint. Sans dire mot, elle prit mes dagues, mes décoctions de poison et cataplasmes, et tout autre outil me servant habituellement. "A mains nues, comme tu as tué Hurg. Est-ce clair?" J'hochais la tête, frappant cette fois-ci mon poing sur mon torse en signe de respect.

Quelques instants plus tard, j'étais en chemin vers ma première cible : John McGrill.

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Re: Archives du Voile Mortel - Journal d'Ovets

Message par Ovets le Sam 18 Fév - 15:04

Archive III : John McGrill

Ainsi je me retrouvais presque nu pour tuer ma première cible officielle. Loin de me lamenter sur mon sort, j'appréciais plutôt l'ironie de la situation : exilé de mon ancien clan, je me retrouve de nouveau sans rien. Enfin si : j'ai désormais un but. Trois pour être précis. La traque allait être un peu plus difficile que mes précédents contrats, n'ayant d'autre description qu'un portrait et un nom. Pour peu que ce soit un nom d'emprunt, j'allais avoir bien des difficultés à trouver des informations. Et je ne comptais pas revenir avant d'avoir accompli mes trois missions.

La première information que je réussis à deviner c'est sa profession : garde. Le portrait le désignait portant un tabard, dont l'écusson ne me rappelait rien. J'ai commencé par chercher l'origine de cet écusson, flânant dans quelques villages, parlant à quelques anciens – les plus bavards, les jeunes de village n'adressent pas souvent aux anciens qui se reposent dans les parcs publics – et certains me décrirent le même écusson comme étant la bannière de Lord Artuh, commandant d'un poste avancé au sud de ce village. Avec cette destination, plus quelques vivres généreusement "offertes" par ces anciens, je me rapprochais de ma première cible. Ce n'est qu'en chemin que je m'aperçus que quelque chose n'allait pas.

Déjà, pourquoi les anciens étaient si enclins à me parler à moi, alors que je n'ai pas vraiment l'air sympathique? Ensuite, pourquoi les Ombres étaient plus sombres aux pieds des anciens, par rapport aux jeunes? Enfin, pourquoi ce fort m'apparait presque désert alors que je me trouve à quelques lieues à peine? Peu importe. Seul compte la réussite de la mission. J'attendis donc la nuit pour avancer, me cachant dans un fourré pour ne pas être repéré avant la tombée de la nuit. J'avançais prudemment mais rapidement, sentant le pouvoir des Ombres, presque habituel maintenant, m'envelopper. Je me savais dissimulé, mais... Encore une chose clochait. Ce n'était pas comme d'habitude.
"Paaaaaarkaaaaaaaaal...
- Je ne reconnais pas ce nom.
- Nous le savons. Nous savons que tu as tué un des nôtres. Pour cela, tu dois mourir, traitre. Les Ombres te dévoreront..."

Les voix s'atténuèrent aussi vite qu'elles étaient apparues. Je pus enfin mettre le doigt sur ce qui n'était pas habituel : j'avais mal. Mal comme si un feu ardent me brûlait chaque pore de ma peau, chaque os de mon squelette. Grognant et serrant les dents pour ne pas lâcher un cri de douleur qui aurait révélé ma position, je me cachais derrière un pan de mur. J'étais arrivé. L'avantage quand on nait Orc, en plein exil, c'est que la souffrance ne nous gêne pas. On l'apprécie, elle nous nourrit en rage. Rage que j'allais bientôt pouvoir libérer contre cet humain dont la vie avait été désignée comme terminée par la Dame du Voile.

Me relevant lentement afin d'observer aux alentours, je ne vis aucun garde. Personne. Toujours aussi prudent, j'entrais dans ce campement qui ne consistait en fait qu'en une série de tentes érigées autours d'une tour centrale. Aucun bruit ne provenait du camp. Comme si... Comme si aucune âme n'était présente. Si j'avais su à quel point cette sensation était proche de la vérité, j'aurais probablement fait preuve de plus de méfiance.

Profitant du champ libre, je me dirigeais directement vers la tour, dont la porte était fermée. Un rapide coup d'œil confirma mes soupçons, chaque tente était vide de présence humaine, seules restaient les armures et les armes, comme si leurs occupants avaient fui en toute hâte. Ais-je été repéré? Impossible. Pas maintenant. Je l'aurai vu. Ils me seraient déjà tombés dessus... A peine eussé-je formulé ces paroles en pensée qu'un éclair de douleur me transperça.
"Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaargh!"

Je tombais au sol, à mi-chemin entre la tente la plus proche de la tour et celle-ci. Un homme, MA CIBLE, se trouvait dans l'encadrement. Entièrement vêtu d'une armure noire de jais, la seule différence au niveau du visage avec celui du portrait étaient ses yeux : originellement bleus, ceux-ci étaient désormais noirs... y compris le blanc de ses yeux était désormais noirs. J'eus l'impression, alors que je me relevais de contempler deux orbites vides qui me fixaient. Serrant les poings, les machoires crispées, je fis face à mon adversaire. Les Ombres ne m'enveloppaient plus, mais la douleur était toujours présente.
"Nous t'attendions, traître."

Je ne pris même pas la peine de répondre. Il me fallait agir vite. Un rapide coup d'oeil m'apprit plusieurs choses : il était armé d'une épée à deux mains, lourde et peu maniable, qu'il portant pourtant aisément de la main droite ; il avait des ouvertures dans son armure aux points d'attaches entre les différentes plaques, c'est là que j'allais devoir frapper ; il ne respirait pas, inutile donc de chercher à frapper le plexus et les points respiratoires. Voire peut être ses points vitaux. Je n'avais pas le choix, il fallait que je brise sa colonne vertébrale, ou que je le décapite – ce qui est assez difficile à mains nues. Le temps d'un battement de cœur, je m'élançais vers ce McGrill. Il leva son arme à mi-hauteur, afin d'amorcer un coup horizontal. J'esquivais sans peine, reculant juste au bon moment et bondissais sur lui à poings fermés. Je reçus son coude dans le torse et tombais en arrière. Maudissant mon manque de vigilance, je roulais sur le côté juste à temps pour recevoir la lame de cet ennemi sur la joue gauche. Un instant plus tôt et je perdais la vie. Néanmoins, j'allais avoir une belle cicatrice. Pas grave. Me redressant d'un bond, je frappais de mon poing droit la mâchoire de John avec un uppercut violent. Pas assez. Sa mâchoire se décrocha, mais il ne broncha pas, préparant déjà sa prochaine attaque. Ce combat semblait plus difficile que je ne l'avais cru. Reculant pour me mettre hors de portée, je reçus de nouveau une décharge d'énergie, provenant de sa main gauche. Tétanisé par la douleur, je ne pouvais esquiver la prochaine attaque. Me voyant déjà mort, j'en appelais à "ceux qui murmurent" de me prêter leur pouvoir. L'ennemi s'arrêta, baissa son arme... puis rit.
"HAHAHAHAHAHA! Tu nous trahis, puis tu nous demande de l'aide? Fou que tu es!"

Là! Une ouverture! Serrant encore les dents, hurlant de douleur et de rage, je me jetais vers l'humain et le bousculait de tout mon corps. Tombant à la renverse, il lâcha son arme et je frappais, frappais encore. Droite, gauche, droite, gauche, frappant chaque fois un peu plus fort sur la mâchoire, le nez, les tempes. Toujours hurlant, j'attrapais enfin la tête de l'humain, puis serra en contractant mes pectoraux de toutes mes forces. Refermant mes poings atours de son visage, ce dernier explosa en une giclée de sang, m’éclaboussant la tête. Au moment de sa mort, toute douleur ardente qui me traversait disparut. Reprenant mon souffle, je m’allongeais sur le dos, le temps de me remettre de cette épreuve. Après quelques minutes, je me redressais, prélevait un fragment du cuir chevelu de ma défunte cible ainsi qu’une de ses dents, puis explorait la tour. Tous les soldats de la garnison étaient rassemblés ici, empilés comme du bétail en attente de découpe dans l’arrière salle d’un boucher. Une puanteur horrible, mais aucun trésor à ramener. Je sortais bredouille, avec pour seul souvenir de cette étape un morceau de peau et des cheveux. Ainsi qu’une dent. Une cible en moins. Plus que deux. Reprenant la route, je tentais de me remémorer le nom et le visage de la cible de Hurg.

Al Patrino, prépare toi à mourir…

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Re: Archives du Voile Mortel - Journal d'Ovets

Message par Ovets le Mer 22 Fév - 22:09

ARCHIVE IV : Al Patrino
"Tu nous as survécu... Prends garde... Nous ne sommes jamais loin..."

Je me réveillais en sueur au milieu de la nuit, dans le "village des anciens", ceux qui m'ont mené à McGrill. Ils m'ont offert leur hospitalité en échange de quelques informations concernant le camp humain. Les informant que le camp était détruit, ils m'ont soigné, nourri et logé pendant deux nuits. Bien assez pour reprendre des forces. C'était sans compter sur "ceux qui murmurent" pour m'empêcher de profiter d'un sommeil mérité. Durant ma seconde nuit, la menace dans leurs paroles était clairement palpable, je décidais donc de fausser compagnie aux anciens du village, n'emportant que mon sac ainsi que la dent du défunt John, que j'ajoutais à celles de mes précédents contrats. J'avais déjà commencé à en faire un collier. Il se composait à cette époque de quatorze dents, chacune d'une victime différente.

Je partais sans un regard en arrière, sans gratitude ni rancœur. Sans vivre, sans rien d'autre que mon sac et mes vêtements. Me dirigeant vers le Nord Ouest, où j'avais le plus de chances de remplir ma troisième mission, j'espérais trouver quiconque pourrait me renseigner sur Al Patrino, un nain d'après ce que je me souviens du portrait de la cible de Hurg. Plusieurs têtes de bêtes étaient représentées en fond de toile, ce qui laisse à penser qu'il s’agissait d'un chasseur émérite. Sur le chemin, le gibier se faisait rare mais suffisant pour me sustenter au minimum. Je chassais à mains nues, posant des pièges faits de lianes, de branches et d'os, au gré de mes trouvailles. Plus je chassais, plus je pouvais attraper de gibier, et ainsi de suite. Ne pouvant conserver la viande, je consommais tout sur place, parfois crue lorsque la pluie ne me permettait pas d'allumer un feu, parfois cuite mais toujours saignante afin de me réchauffer. Car plus je m'approchais des montagnes d'Alterac, plus il faisait froid. Et plus je ressentais cette joie irrationnelle. Je me sentais vivant, ressourcé malgré la fatigue et la faim. Et je le rencontrais.

Alors que je chassais dans des bois bien fournis, à l'abris du vent et de la neige naissante, je remarquais des marques qui me semblaient familières : j'étais sur le territoire de chasse d'une meute de loups. Me rappelant la férocité dont ils peuvent faire preuve, et les ayant compté à environ douze membres, je me préparais à quitter la zone lorsque je fis face à l'un de ces membres. Nous nous observâmes un moment, puis il commença à grogner en retroussant ses babines. "Danger, je vais attaquer." Je ne peux dire aujourd'hui ce qui me poussa à agir de la sorte... Peut être mes origines... Qui sait? Toujours est-il que je ne bougeais pas. Toujours face au loup, je restais parfaitement immobile, le fixant dans les yeux. A mon tour je retroussais mes lèvres en une imitation de son attitude. Il fit quelques pas de côtés, je l'imitais en miroir jusqu'à ce que nous nous retrouvâmes à nous tourner autours. Je poussais alors un grognement. Le même que Grincheux poussait lorsqu'il jouait avec moi, enfant. D'autres loups arrivèrent pendant cette danse, mais n'intervinrent pas. Ils restaient à observer, méfiants, prêts à sauter sur moi dès que leur camarade sera en difficulté. Cette étrange cérémonie dura presque dix minutes, puis je me penchais en avant afin de poser mon genou à terre, puis le second. Je me mettais ainsi à quatre pattes, toujours fixant le loup dans les yeux. Sans le lâcher du regard, je m'allongeais comme un loup, mains ouvertes. Je relâchais les muscles de ma bouche, afin de reprendre un air neutre. Le loup m'imita, arrêtant par la même occasion les grognements. Plusieurs membres de la meute vinrent me renifler, je ne bougeais toujours pas. Je fixais toujours le même loup dans les yeux, il me rendait son regard. Je savais au fond de moi que si je le quittais des yeux, c'était fini.

Après plusieurs minutes allongé dans l'herbe humide de cette forêt, le loup alpha, chef de la meute, qui me fixait depuis le début s'approcha et me renifla à son tour. Ne ressentant aucune peur, aucune crainte, je le laissais faire, sachant que s'il m'acceptait, je serais tranquille. Dans ma tête, je commençais déjà à identifier chaque membre de la meute en leur donnant un surnom par rapport à leur apparence ou leur attitude. J'avais Craintif qui a passé le plus de temps à me renifler, Croc-manquant à qui il manquait une canine, Givré qui ne dégageait pas autant de chaleur que les autres, Azur une femelle aux yeux bleus, Ventue qui respirait et dégageait plus de buée que les autres, Sourdine qui avait une oreille déchirée, Patte-molle qui boitillait très légèrement d'une de ses pattes arrières,... Chacun avait sa particularité. Je ne m'étonnais pas encore de la facilité avec laquelle j'arrivais à les comprendre et à apprendre de leur comportement. Ce n'est que lorsque le chef de meute, surnommé "Terreur" en hommage à son attitude vis-à-vis de moi, m'accepta en me tournant le dos que je compris. C'étaient des Loups-de-givre, et je venais de devenir un membre de leur meute. Un "membre" certes, mais cela m'emplit... Non pas de joie, mais d'ironie. Chassé par mon clan, me revoilà un Loup-de-givre. Je suis sûr qu'aucun Orc n'y était parvenu avant moi, tant ils sont abrutis par ces coutumes et l'enchaînement de leurs loups qui les rendent dociles et doux comme des lapins. Là, j'étais un VRAI loup-de-givre, dans une meute sauvage et cruelle qui ne reculerait devant aucun obstacle pour la survie de la meute. Et où aucun membre n'était laissé en arrière.

Je restais quelques jours en leur compagnie, chassant avec eux, partageant mes proies, mangeant cru comme eux, buvant dans les mêmes sources qu'eux. Après une première semaine, un des plus jeunes – déjà à sa taille adulte – passait de plus en plus de temps à mes côtés, dormant chaque nuit un peu plus près de moi. Les contacts sont rares au sein d'une meute, sauf en cas de saillie, mais seul le mâle dominant est autorisé à procréer. Là, c'était de l'inédit pour cette meute, et je pense encore à cette période avec un certain amusement quand je me rappelle de l'attitude de Terreur. Le jeune loup se fit surnommer Pot-de-colle, et était loin d'être le loup le moins apprécié du groupe. Cependant, je remarquais que Terreur s'éloignait de lui petit à petit, ne partageant plus ses proies avec lui, grognant à son approche. Lorsque Terreur commença à agir de même avec moi, je décidais qu'il était temps pour moi de reprendre ma route.

A peine arrivé à la limite du territoire des loups, j'entendis le léger pas de Pot-de-colle derrière moi. Il me suivait de son propre chef, trottinant joyeusement à ma suite. Je me doutais de ce qui se passait, je ne voulais tout simplement pas l'admettre avant d'y être confronté. Il était inutile de lui demander de partir, de faire des gestes brusques pour l'effrayé : nous étions devenus compagnons. Et au fond de moi, sa présence ne me dérangeait pas, bien au contraire. C'est pourquoi je le nommais Fidèle à partir de cet instant. Nous partîmes donc à deux à la poursuite d'Al Patrino et de mon ancien clan. Nous n'avions parcouru que quelques lieues lorsque Fidèle renifla et suivit une piste, faisant demi-tour pour la suivre. Plus il reniflait, plus il commençait à grogner. Au bout d'un moment, il se baissa juste assez pour que je monte sur son dos. Reconnaissant le geste instinctivement, je sautais sur lui et m'accrochais à sa fourrure, tandis qu'il entama une course effrénée vers la forêt d'où nous venions. Esquivant les arbres, les branches et racines de façon très habile, nous arrivâmes rapidement à "notre" clairière. Mais pas assez vite. Il était trop tard. Les cadavres de dix loups étaient présents au centre, et la carcasse sans tête du onzième placée sur le côté, perchée entre deux pics. Dépecé, vidé de son sang et de sa chair, il ne restait que viscères et os. Reconnaissant les dix autres loups, je savais qu'il s'agissait de Terreur. Fidèle émit un début de complainte alors que j'entendais un bruissement léger sur ma droite. D'un coup de talon, je fis partir Fidèle et entendis une balle siffler derrière moi. Droite, gauche, droite et encore droite, nous entamions une danse frénétique afin de rejoindre le couvert des arbres sans nous faire toucher par les tirs frénétiques venant d'une cible invisible.

Une fois à l'abris des arbres, je sautais à terre, afin de reprendre mon souffle et rassurer Fidèle, le caressant instinctivement. Vu la rapidité des tirs, j'estimais entre trois et cinq tireurs, dont au moins deux débutants, leurs tirs étant toujours fortement éloignés de nous. J'observais partout : les arbres, les feuilles, dont un tas étrangement aligné en un cercle presque parfait, les lianes alignées pour faire croire à un semblant de logique et poussant l'éventuelle bête à emprunter un sentier différent. Tant d'indices sur la présence de pièges... Soit ils sont mis en évidence afin de cacher les plus dangereux, soit c'est du travail d'amateur. Grognant, je redoublais de prudence et commençait à me fondre dans le paysage, d'abord en étalant de la terre sur mon visage, puis en me roulant dans les feuilles. Me recourbant afin de cacher ma taille, j'avançais à pas de loups, silencieusement, lentement... Et surtout, sans utiliser le pouvoir de "ceux qui murmurent". Fidèle m’imitait, encrassant sa fourrure, et avançant au même rythme que moi, aussi silencieusement que moi. Nous avions évité la plupart des pièges, désamorçant quelques uns, contournant les autres, lorsque nous avons commencé à entendre des voix en pleine discussion.
"Ils n'ont pas pu aller bien loin! Surveillez la clairière vous deux! Toi! Surveille la position Sud! Toi le Nord! Cet Orc nous a repéré, et ce loup peut nous sentir. Ils ne nous auront pas! Foi d'Al Patrino!"
"Foi d'Al PATRINO!" reprirent les autres voix.
"Chut! Bande de crétins! Ils vont nous trouver encore plus facilement maintenant!"

Al, mon ami... Ta vie s'achève aujourd'hui. J'étirais mes lèvres en un rictus mauvais, plein de toute la haine que j'ai contenue jusqu'à cet instant, pour Terreur et les autres loups. Il allait mourir, je ne m'attendais pas à y prendre encore plus de plaisir que pour McGrill. Je regardais ensuite Fidèle, et mon air haineux sembla à moitié l'effrayer et le satisfaire. Il aplatit ses oreilles et s'allongea, me faisant comprendre que j'allais y aller seul. Battant de la queue, il m'encourageait à sa manière. Satisfait, je regardais de nouveau dans la direction des tueurs. Avançant de nouveau, toujours aussi silencieux et invisible à leurs yeux, je savais que ma position n'était pas surveillée. Je venais de l'Ouest, la clairière était à l'Est. J'avais bien compté, les voix étaient au moins cinq. Peut être un supplémentaire qui était trop timide pour crier avec les autres. Mais lorsque je les vis enfin, je ne m'étais pas trompé. Ces imbéciles couvraient les arrivées par sentier et la clairière, mais pas les fourrés où je progressais. Cinq nains, deux observant la clairière l'arme prête à tirer, un au nord et l'autre au sud. Je devinais que le dernier était leur chef, ce fameux Al Patrino. C'était trop facile... Je n'avais qu'à faire deux bonds, et j'étais sur lui. Il me tournait le dos. Du moins, j'imagine que c'était lui, car il portait une cape puant le loup mort, avec la tête en guise de capuche. Tremblant de rage, je fis des efforts pour me contenir et commençais à réfléchir. Je n'avais pas le droit à l'erreur. Il me fallait me débarrasser de lui sans attirer les autres chasseurs. Observant les alentours, cherchant dans les feuilles, l'herbe, la mousse, peu importe mais quelque chose qui pourrait servir. Mon regard se posa plusieurs fois sur une fleur aux épines assez importantes, aux couleurs vives. La reconnaissant, je sourit. Son poison est mortel, et deux épines suffiraient à tuer un Ogre... Alors un nain, aussi imbibé de bière soit-il ne survivrait pas. Ramassant deux feuilles très soigneusement afin de protéger mes doigts, j'arrachais une épine aussi silencieusement que possible. Pas un bruit. Comme si cette plante était prête à me servir pour tuer ce chasseur. J'avais maintenant le choix : lancer l'épine et espérer qu'elle touche la cible, ou m'approcher, planter l'aiguille et m'assurer de la mort de la cible.

J'aime pas la facilité. J'approchais donc de cet Al Patrino, l'aiguille en main, silencieusement, doucement.... Je dus agir très rapidement. D'abord la main sur la bouche du nain pour l'empêcher de crier, la seconde se plantant dans sa gorge avec l'aiguille empoisonnée, les jambes reculant pour l'attirer dans l'ombre des arbres. Tout cela ne prit qu'une petite seconde, mais ne fit aucun bruit. Le nain était mort avant que mes pieds ne retouchent le sol, deux mètres en arrière. Je le portais toujours dans mes bras, mais reprit le chemin vers Fidèle. Me voyant arriver, je le vis sentir dans l'air. Il n'eut même pas quelques secondes de réflexion. Il fonça vers la position des nains qui ne se doutaient toujours de rien. Quelques secondes plus tard, des cris, des grognements et un loup affamé qui se régalait de viande naine. Et de vengeance.

Pendant ce temps, j'ajoutais une dent à mon collier, dépouillant le nain de ses affaires. Je récupérais la "cape" de Terreur, pour l'enterrer avec les autres loups lorsque Fidèle aurait fini son carnage. Je l'appréciait de plus en plus ce compagnon. Les "funérailles" terminées, nous reprîmes la route vers les montagnes d'Alterac, vers mon ancien foyer... Vers ces "faux" loups-de-givre.

Bientôt ma vengeance débutera, bientôt vous connaîtrez le gout de ma haine.

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Re: Archives du Voile Mortel - Journal d'Ovets

Message par Ovets le Jeu 23 Fév - 21:37

ARCHIVE V : Trahison
Nous n'étions vraiment pas loin du clan qui m'avait à la fois tout appris et tout pris. Je reconnaissais les marques de chasse de mes anciens camarades, les pattes des loups que ces orcs montaient à la chasse. C'était impressionnant de voir la différence de taille entre les marques que nous croisions et celles laissées par Fidèle. Je savais combien d'orcs ils étaient lors de mon départ, combien de loups il y avait, combien d'armes et combien ils étaient bons combattants. Attaquer le camp de front aurait été une sorte de suicide, même avec tous les pouvoirs que je pouvais avoir à ma disposition. Il me fallait réfléchir à un plan. Qu'avait dit la Dame déjà? Un seul membre de mon ancienne famille? Je savais qui je devais tuer. Non, pas Drek'thar, qui n'a fait que protéger son clan. De plus, il s'agissait certainement de l'orc le mieux protégé dans cette région d'Azeroth. Je devais tuer ma propre mère, mon ancienne mère. Celle qui m'a donné la vie pour ensuite me renier comme tous les autres.

Je savais qu'elle irait chasser à un moment ou un autre, et j'avais déjà repéré les différentes zones de chasse. L'hiver approchant, les sorties allaient se faire plus souvent, et donc en moins grand nombre. Ce serait moins difficile. Toutefois, avec la menace des nains Foudrepique, cela restait un défi de grande ampleur, dont je ne pouvais affirmer me sortir vivant à coup sûr. Je devais user de prudence et d'ingéniosité pour pousser ma génitrice dans un piège mortel. J'avais déjà une petite idée...

Enfant, je jouais souvent avec des figurines en bois que mon père confectionnait pour moi. Il y avait des humains et des orcs, la seule différence résidant dans la taille de celles-ci. Je retournais dans la forêt après quelques heures de repérage et commençait à rassembler des morceaux de bois. Fouillant les corps sans vie des nains tueurs de loups, je trouvais des couteaux qui me servirent à tailler les morceaux de bois. J'en avais une par dent à mon collier, plus ou moins ressemblantes à celles que j'avais enfant. Je me coupais alors légèrement et fis couler une goutte de sang sur chacune des figurines, sur la tête. Une fois fait, je me badigeonnais la tête avec mon propre sang, afin de ressembler aux figurines. Je savais que les orcs chassant des proies ne prêteraient pas attention à ces morceaux de bois, mais cette femme qui m'a enfanté le fera. Trop sentimentale. Pfeuh!

Je plaçais les figurines de façon plus ou moins visible, au milieu de branches de la même couleur, sachant que Croc-d'acier, le loup de mon ancienne mère, s'il était toujours présent à ses côtés, sentirait l'odeur de mon sang. Je les disposais à intervalles assez réguliers pour être suivies, et menaient vers la clairière, par l'accès Sud. Cela faisait contourner la forêt, mais m'assurait que seule ma mère et éventuellement un garde viendraient, les autres chasseurs considérant cela comme une lubie et une perte de temps. Je ne m'étais pas trompé. Je me tenais au centre de la clairière tête baissée à l’affût des sons provenant du Sud. Fidèle, lui, restait couché dans les bois. Mère vint seule, avec son loup. Elle courut vers moi, et j'aurais pû la tuer d'un coup. Mais encore une fois, cela aurait été trop facile. Elle pleurait lorsqu'elle atteignit ma position et me serra dans ses bras. Jamais une sensation n'avait autant contrasté avec le calme et la sérénité que je ressentais en cet endroit, et le malaise, la haine et le dégoût que provoquait cet acte.
"Oui... Te revoilà... Tu vas la tuer, n'est-ce pas? N'as-tu pas besoin de nous pour cette tâche, Ovets? Ou vas-tu pleurer comme l'enfant que tu es dans ton cœur... Nous ne sommes jamais loin, ne l'oublie pas..."
"-Taisez-vous..."
-Quoi? Qu... Mais... Tu reviens et...
-TAISEZ-VOUS!" répondis-je à celle qui se tenait en face de moi. Je tremblais déjà de rage, et l'intervention de "ceux qui murmurent" me rendis encore plus enragé. Je serrais les dents en fermant mes poings. Le message était on ne peut plus clair. Même le loup de cette orque se mit à grogner en se positionnant en posture d'attaque.
"- Ainsi tu es revenu pour te venger?" Elle avait l'air surprise, mais cela ne dura pas longtemps. Son visage se fendit d'un sourire. "Tu n'es même pas armé, et je suis avec Croc-d'acier. Que penses-tu faire, Banni?
-Ovets.
-Allons-bon... Qu'est-ce que cette chose encore?
-Ovets. C'est mon nom. Et oui, je réclame le sang, comme celui que tu as suivi jusqu'ici."

Bon, la plaie n'était pas refermée, mais j'écrasais tout de même mes doigts dans mes poings, serrant fermement ceux-ci avant d'attaquer. La douleur était cuisante, mais je n'y faisais pas attention. Cette dernière était toute entièrement dirigée vers l'orque, tandis que j'ignorais tout simplement Croc-d'acier. Fidèle allait venir au moment où le loup attaquerait. Je le savais. Si ma mère répondit, je ne m'en souviens pas, car je fondis sur elle à cet instant, ayant terminé de mettre au point ma stratégie d'attaque. Comme prévu, le loup bondit mais se fit intercepter par Fidèle qui se jeta sur lui à une vitesse fulgurante, mordant dans la chair de son cou. La suite du combat de loup m'échappe, je ne m'en souviens pas. Alors que j'abattais mon premier coup vers cette femme, celle-ci para d'un bras et saisit une épée courte dans l'autre. Je bloquais son bras armée avec mon bras libre et donnais un coup de tête vers la mâchoire de ma génitrice. Le coup était suffisamment puissant pour fracturer la mâchoire de celle-ci, elle tituba. Ce n'était pas une combattante, mais je ne devais pas pour autant sous-estimer ses capacités. J’enchaînais donc avec un coup de pied vers ses jambes pour la faire trébucher, puis me jetais sur elle. Elle réussit à rouler sur le côté et se relever dans le même mouvement, me projettant de la neige au visage au passage. Le combat allait être intéressant.

Des bruits de loups grognant, jappant, mordant et frappant de leurs griffes nous entouraient, tandis que nous nous observions, attendant une ouverture. Nous nous tournions autours, silencieux, ne laissant de place à la parole. Sa respiration était rapide, presque essoufflée, et je vis les dégâts de l'âge sur cette femme. Du sang perlait à ses lèvres, lui donnant un air plus redoutable qu'elle ne l'est, et je sentais qu'il en était de même pour moi. Quand m'avait-elle frappé? Je ne m'en souvenais pas. Après quelques pas , nous partîmes au même moment pour l'attaque. Je bloquais son poing de ma main ouverte, et elle fit de même. Nous étions complètement opposés, à force égale. Je poussais avec mes jambes, et je la sentais faire de même. Je tentais de l'amener à rouler en basculant mon torse, elle compensa avec une torsion opposée, nous rendant presque immobiles. Respirant calmement, je me délectait de ce combat à mains nues. Elle, par contre, semblait souffrir, et commençait à avoir du mal à respirer. Je savais qu'en endurance, je l'aurais. Je redoublais d'efforts pour tenter de la faire tomber quand une soudaine douleur à la poitrine me fit tousser du sang au visage de mon adversaire. Profitant de ma surprise, elle prit le dessus et me fit basculer dans la neige. Elle se jeta sur moi et abattit ses poings sur mon visage. Je me protégeais avec mes avant bras, mais les siens trouvaient toujours une ouverture. Au bout de combien de temps elle prit une lame, je ne saurais le dire. Les chocs répétés m'étourdissaient chacun un peu plus. Quand les douleurs se firent plus cuisantes et que je sentais un liquide chaud couler sur mon visage, je compris qu'elle était en train de me lacérer.

J'accueillais cette nouvelle douleur comme un renouveau. Comme un coq chantant au matin pour annoncer le réveil. Inspirant à fond, j'usais de toutes mes forces pour frapper ce que je pensais être le cou de mon ennemie. Mes deux poings s’abattirent sur la trachée de celle qui avait le dessus un instant plus tôt. Puis soudain, plus rien. Le silence total. Plus de bruits de lutte, plus de coups sur mon visage. Plus de lumière.
"Ha! Ha! Ha! Ha...! Alors tu l'as fait! Tu as tué ton propre sang, ta propre chair, celle qui t'a offert la vie... Tu viens de te racheter à nos yeux, petit Orc. Mais n'oublie jamais... Tant que tu nous obéis, tu pourras nous appeler. Trahis nous, et nous te détruirons. Nous ne sommes jamais loin..."

Retrouvant la vue aussi soudainement qu'elle fut partie, je me retrouvais allongé sur le dos. Je n'avais pas bougé. Combien de temps? Je ne sais pas. Suffisamment pour que le sang de mon adversaire commence à se répandre dans la neige, s'écoulant de son corps sans vie. Mes plaies semblaient fermées, mais aujourd'hui encore je me demande comment est-ce possible. Était-ce le pouvoir de "ceux qui murmurent"? Suis-je resté plusieurs jours immobile dans la neige? La seconde option semblait impossible, et pourtant je ne puis concevoir que la première soit la bonne. Les pouvoirs occultes de ces êtres que je ne sais nommer sont toujours aptes à la destruction. Le mystère reste encore entier aujourd'hui, mais ce n'est pas le sujet de cette archive.

Les deux loups se sont entre-tués, mais je soupçonne Fidèle d'avoir eu le dessus pendant tout le combat, au vu du nombre de blessures que chaque bête avait. Me relevant péniblement, plusieurs côtes endommagées, de nombreuses coupures sur le visage desquelles se dégageaient une douleur assez importante malgré l'hémorragie stoppée, j'arrachais une défense de ma défunte mère. Reprenant la route vers le fort du Voile, seul, je plaçais la défense au milieu de mon collier. Celui-ci devint ce jour la marque de ma haine et de mon mépris pour les clans orcs, ainsi que de l'Alliance.

Revenant au fort après presque trois mois de voyage, la Dame accepta mon retour avec une cérémonie où trois Voiles furent déposés. Elle avait déjà prévu un portrait pour ma mère. Comment le savait-elle? Je ne saurais le dire. J'étais le dernier de ses Enfants du Voile à revenir, mais j'apportais avec moi la gloire de la victoire, et je fus respecté pour cela. Cependant, Amava me demanda de rester un peu en retrait des autres. Non pas à cause de l'incident avec Hurg qui était désormais clos, mais à cause de mon rapport, qui incluait tout. Je ne pouvais rien cacher à la Dame du Voile, elle fut mise au courant pour "ceux qui murmurent". Songeuse, elle me répondit froidement mais emplie d'affection de me faire discret à ce propos, et d'user d'une extrême prudence de ces pouvoirs. J'obéis naturellement, ne cherchant même pas à savoir pourquoi elle était songeuse, et pourquoi elle ne fit même pas d'effort pour cacher qu'elle en savait plus qu'elle ne souhaitait le dire.

Depuis ce jour, ma vie est vouée au Voile Mortel, que je défends et dont je propage les valeurs partout où je vais. Partout où va la Dame. Partout où les Ombres vous font peur et vous effraient. Partout où une personne a besoin de nos services.
Nous ne sommes jamais très loin...

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